Le Manoir Grant
Niché au cœur de Salaberry-de-Valleyfield, le Manoir Grant est un lieu patrimonial d’exception qui témoigne de l’histoire et de la richesse architecturale de la région. Ce bâtiment emblématique, ayant traversé les époques, accueille aujourd’hui les visiteurs dans un décor unique, propice à la découverte culturelle, aux événements et aux rencontres marquantes.
L'histoire du Manoir
Les recherches actuelles nous permettent de croire que le Manoir Grant, à l’origine une auberge appelée Hôtel Grant, aurait été construit entre 1835 et 1839 sous l’ordre et au compte de Lord Ellice, seigneur de Beauharnois. Monsieur Duncan Grant aurait été tenancier du Manoir lors du soulèvement des Irlandais en juin 1843.
Le Manoir a été vendu en tant que résidence après la construction du premier canal de Beauharnois. La propriété fut ensuite acquise en 1907 par Monsieur Edmond Arthur Robert, pour le compte de la « Canadian Light & Power Company ». On voit apparaître le bâtiment de bois derrière le Manoir de pierre. La propriété sert à abriter les locaux des architectes et ingénieurs chargés de construire la centrale hydroélectrique de Saint-Timothée. En 1949, Hydro-Québec fait l’acquisition des bâtiments et des terrains du domaine ainsi que de la centrale.
L’emplacement est ouvert au public en 1984 sous la raison sociale de « Café-concert La Belle Époque ». En 1994, on a préféré lui redonner son nom d’origine soit: Hôtel Grant. Depuis 2006, les nouveaux propriétaires Caroline Benoît et Frédéric Jodoin l’ont renommé Manoir Grant. L’endroit a conservé la même vocation de salles de réception tout en se spécialisant dans le domaine des mariages.
Les fondations du Manoir de pierre mesurent 1 m. d’épaisseur. Le bâtiment mesure 13,8 m. par 10,4 m. sur deux étages. L’attique, occupant la surface des deux bâtiments contigus, est habitable. Une annexe de 9,3 m. par 11,8 m. ainsi qu’un garage ont été construits en 1909. La maison est de style Régence Monumental.
Le soulèvement des irlandais
Plusieurs ouvriers irlandais travaillant au creusage du canal Beauharnois ont perdu la vie dans des circonstances tragiques, le lundi 12 juin 1843, face au Manoir Grant à Saint-Timothée.
Les ouvriers ont péri sous les balles des soldats anglais alors qu’ils assistaient à une manifestation regroupant environ 1000 d’entre eux venus réclamer, auprès des magistrats George Crawford et Jean-Baptiste Laviolette, de meilleures conditions de travail et des salaires plus élevés.
On établit officiellement à six le nombre de morts, mais il appert, selon les témoignages entendus, qu’il fut beaucoup plus élevé. Pris de panique, les travailleurs auraient tenté d’échapper aux balles des soldats puis aux coups de sabre de la cavalerie en s’enfuyant de tous côtés. Certains se seraient même jetés dans les rapides. L’infanterie aurait ensuite fouillé les broussailles pour trouver les ouvriers pouvant s’y cacher.
C’est le magistrat Laviolette qui aurait donné l’ordre de tirer au major Campbell qui dirigeait les troupes, quelques minutes seulement après avoir lu l’Acte d’Émeute (Riot Act) interdisant de se coaliser. Il semblerait que la foule ne faisait que passer et repasser devant le Manoir Grant et qu’elle n’avait fait aucune tentative d’avancer sur la troupe. L’aumônier des Irlandais, le révérend John Falvey, était présent sur les lieux.
Comme on sait, craignant des affolements semblables à ceux survenus au canal de Lachine, les magistrats Laviolette et Crawford avaient demandé et obtenu la protection d’une cinquantaine de soldats du 74e Régiment puis celle de la cavalerie des Queen’s Light Dragoons.